Le message était arrivé à 8 h 17.
Mariam s’en souvenait parce qu’à cette heure-là, elle venait de poser sa tasse de café sur le rebord de la fenêtre. Dehors, la ville s’éveillait dans un bruit de moteurs et de portes métalliques. Elle avait ouvert son ordinateur avec la tranquillité machinale de quelqu’un qui pense encore que sa journée lui appartient.
Puis elle avait lu : *Nous sommes au regret de vous informer…*
Elle n’avait pas terminé.
Pendant quelques secondes, elle était restée immobile, le doigt posé sur le pavé tactile. Une phrase administrative venait de déplacer les murs de son appartement. Son contrat prenait fin. Son poste disparaissait. Ses revenus aussi, bientôt.
Elle avait relu le message trois fois, comme si les mots pouvaient changer sous ses yeux.
Dans le salon, son petit frère dormait encore sur le canapé. Il était venu la veille pour passer quelques jours chez elle. Sur la table, il y avait une assiette couverte d’un torchon, des factures ouvertes et une liste de choses à acheter. Tout ce qui, hier encore, semblait simplement ennuyeux prit soudain l’allure d’une menace.
Mariam ferma l’ordinateur.
Elle ne pleura pas. Pas tout de suite. Elle se leva, rangea sa tasse, plia le torchon, repoussa les factures. Elle accomplit des gestes précis pour ne pas s’effondrer dans le désordre.
À midi, elle appela sa mère.
— Je n’ai plus de travail.
Il y eut un silence au bout du fil. Pas un silence vide. Celui d’une mère qui cherche une phrase capable de ne pas faire plus mal que la nouvelle.
— Tu as perdu un poste, dit-elle enfin. Pas ta valeur.
Mariam regarda par la fenêtre. Dans la rue, une femme courait derrière un bus. Un homme portait deux sacs de pain. La vie continuait avec une indifférence presque insultante.
— J’avais besoin de ce travail.
— Oui.
Sa mère ne lui servit pas une consolation facile. Elle ne lui dit pas que tout irait forcément bien avant même qu’elle sache comment. Elle lui rappela seulement de ne pas laisser la peur parler à la place de la réalité.
Le soir, Mariam pria avec un cœur lourd. Elle ne trouva pas de belles paroles. Elle demanda simplement à Allah de la guider, de lui accorder une subsistance licite et de l’aider à ne pas céder au désespoir.
Après la prière, elle resta assise sur son tapis. Elle aurait aimé recevoir une réponse immédiate, une certitude nette, un signe qui lui rendrait le lendemain moins dangereux. Mais elle ne prétendait pas connaître ce qui lui était caché. Elle savait seulement qu’Allah est le Maître de toute chose et qu’elle, malgré sa peur, devait continuer à faire ce qui était à sa portée.
Elle prit un carnet.
Sur la première page, elle écrivit :
La cinquième ligne resta vide.
Mariam ne savait pas encore quoi y inscrire. Elle ne savait pas que cette ligne deviendrait le début d’une histoire qu’elle n’aurait jamais choisie, mais qu’elle apprendrait à traverser.
Ce soir-là, elle ne se sentit pas forte.
Elle fit seulement la chose suivante.
Elle se leva le lendemain matin.
Le prochain épisode sera publié demain à 20h00 dans Layal.
Découvrez tous nos livres sur la foi, la patience et votre vie, ici : https://livres-layal.com/
Pour découvrir d'autres écrits de Layal, visitez notre site : https://livres-layal.com/