Les premiers jours furent remplis de démarches.
Mariam envoya des candidatures à des entreprises dont elle connaissait à peine le nom. Elle répondit à des annonces qui demandaient cinq ans d’expérience pour un salaire inférieur à celui qu’elle touchait auparavant. Elle passa des appels, attendit des réponses, reçut des messages automatiques et apprit à reconnaître les refus avant même d’ouvrir ses courriels.
Au début, elle comptait les candidatures.
Au bout de deux semaines, elle compta les silences.
Chaque matin, elle se levait avec une petite réserve d’espoir. Chaque soir, cette réserve avait diminué. Elle continuait pourtant. Elle ne voulait pas confondre la patience avec l’immobilité. Elle savait qu’invoquer ne dispensait pas d’agir, et qu’agir ne garantissait pas d’obtenir exactement ce que l’on demande.
Un jeudi, une entreprise la convoqua pour un entretien.
Mariam prépara sa tenue la veille. Elle relut son parcours, répéta ses réponses devant le miroir et s’endormit tard. Le lendemain, elle prit deux bus pour arriver vingt minutes en avance dans un immeuble de verre où personne ne semblait connaître son nom.
L’entretien se passa bien.
La responsable lui sourit à la fin.
— Nous revenons vers vous rapidement.
Mariam rentra chez elle avec une phrase dans la tête. *Rapidement.*
Elle attendit le jour suivant. Puis le suivant. Le week-end passa. Le lundi, elle ouvrit sa boîte mail avant même de se brosser les dents. Rien.
Le mardi, elle appela. On lui répondit que la décision n’était pas prise.
Le mercredi, elle rappela. On lui demanda de patienter.
Le vendredi, elle comprit.
Ce n’était pas elle qu’ils avaient choisie.
Elle posa son téléphone sur la table et resta longtemps à regarder l’écran noir. La colère vint avant les larmes. Elle avait fait tout ce qu’il fallait. Elle avait prié. Elle avait travaillé. Elle avait été honnête. Pourquoi cela ne suffisait-il pas ?
Cette question lui faisait mal parce qu’elle portait une attente cachée : si je fais correctement les choses, alors la vie doit me récompenser selon mon calendrier.
Mariam n’osa pas prononcer cette pensée comme une accusation. Elle la reconnut simplement en elle, avec honte et fatigue.
Le soir, sa voisine Khadija frappa à la porte. Elle venait déposer une soupe et récupérer un livre.
— Tu as mauvaise mine, dit-elle.
— J’attends une réponse depuis plusieurs jours.
— Alors tu vis dans la réponse des autres.
Mariam fronça les sourcils.
— Je ne sais pas comment faire autrement.
Khadija posa le récipient sur la table.
— Tu peux attendre une réponse tout en continuant à vivre. Cherche encore. Repose-toi. Sors marcher. Fais tes prières. Appelle ta mère. L’attente ne doit pas devenir une chambre sans fenêtre.
La phrase resta dans l’esprit de Mariam.
Elle comprit qu’elle demandait à un seul entretien de réparer toute son inquiétude. Elle avait remis son avenir entre les mains d’une personne qui ne connaissait ni ses charges, ni ses nuits, ni les efforts qu’elle avait consentis.
Le lendemain, elle envoya trois nouvelles candidatures. Puis elle alla à la bibliothèque. Elle y trouva une annonce pour un remplacement de quelques semaines dans une petite association. Le poste était moins prestigieux. Le salaire était modeste. Mais il correspondait à ses compétences.
Elle envoya son CV.
Puis elle ferma son ordinateur.
Pour la première fois depuis plusieurs jours, elle ne consulta pas sa boîte mail avant de dormir.
Elle ne savait pas ce qui allait arriver. Mais elle avait cessé de traiter le délai comme une condamnation.
Le prochain épisode sera publié demain à 20h00 dans Layal.
Découvrez tous nos livres sur la foi, la patience et votre vie, ici : https://livres-layal.com/
Pour découvrir d'autres écrits de Layal, visitez notre site : https://livres-layal.com/