Épisode 5 — Ce que la confiance laisse derrière elle
Le nouveau groupe se réunissait chaque jeudi dans une salle claire, avec les portes ouvertes sur le couloir des femmes et une responsable présente. Noura établit dès le premier jour des règles simples : ne pas transmettre une confidence, demander avant de parler d’une autre personne, signaler une injustice par une voie correcte et ne pas transformer une difficulté en spectacle.
Les participantes trouvèrent les règles strictes. Une femme demanda si cela ne rendrait pas les échanges trop froids.
— La pudeur ne rend pas les cœurs froids, répondit Noura. Elle leur apprend ce qu’ils ont le droit de porter.
Safa travaillait désormais dans un autre groupe. Elles se saluaient avec respect. Certaines semaines, elles échangeaient un repas pour leurs mères. Leur lien n’était plus celui d’avant, mais il n’était pas devenu hostile.
Noura avait cessé de surveiller les portes et les téléphones. Elle choisissait davantage ce qu’elle disait, non par peur de toute femme, mais par sagesse. Elle comprenait que la confiance se donne avec mesure et qu’une sœur fiable se reconnaît aussi à sa capacité à garder ce qui ne lui appartient pas.
Un jeudi, une nouvelle participante resta après le cours. Elle avait les yeux rouges et tenait son sac contre elle.
— Je veux parler, mais j’ai peur que cela sorte de cette pièce.
Noura lui expliqua les règles, les personnes compétentes vers qui se tourner et les limites de la confidentialité. Elle ne lui demanda pas de raconter toute son histoire sur-le-champ.
— Vous pouvez commencer par dire ce dont vous avez besoin aujourd’hui.
La femme respira. Elle ne livra qu’une phrase. Noura l’écouta sans curiosité, puis l’aida à demander un rendez-vous auprès de la responsable.
En rentrant, Noura trouva dans sa boîte aux lettres une courte lettre de Safa. Elle n’en demanda pas le contenu. Safa écrivait seulement qu’elle remerciait Allah de lui avoir montré la gravité de ses paroles et qu’elle continuerait à respecter la distance de Noura.
Noura plia la feuille et la rangea dans son carnet. Elle n’avait pas besoin de répondre immédiatement.
Après la prière, elle demanda à Allah de purifier son cœur de la rancune, de la vanité et du désir d’être admirée pour sa retenue. Elle ne voulait pas devenir meilleure en racontant qu’elle avait été blessée. Elle voulait simplement vivre avec plus de justesse.
La blessure n’avait pas disparu. Elle avait changé de fonction. Elle lui rappelait de protéger sa langue, de demander conseil aux bonnes personnes, de pardonner sans nier et de ne jamais utiliser la pudeur comme prétexte pour laisser une injustice se développer.
Noura ferma le carnet.
Ce que la confiance avait laissé derrière elle n’était pas un cœur fermé. C’était un cœur plus attentif, plus discret et plus difficile à déplacer par les paroles des autres.
La prochaine thématique arrivera bientôt dans Layal.
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