Épisode 2 — Je pensais savoir ce qui était bon pour moi
Yacine faillit annuler l’entretien.
L’entreprise occupait un étage au-dessus d’un magasin de pièces automobiles. La plaque de cuivre était rayée. Rien ne ressemblait aux bureaux vitrés qu’il avait visités trois semaines plus tôt.
Une femme de l’accueil, Hanane, lui proposa un café. Son responsable potentiel, monsieur Rahmani, arriva avec dix minutes de retard et s’en excusa sans chercher de prétexte.
— Le poste demande de la polyvalence, expliqua-t-il. Nous sommes une petite équipe. Certains jours seront chargés.
Yacine posa des questions sur les horaires, les déplacements et la stabilité du contrat. Rahmani répondit précisément. Le salaire était modeste, mais les horaires lui permettraient d’accompagner sa mère à ses rendez-vous médicaux.
En sortant, Yacine appela Mourad.
— Je vais refuser.
— Pourquoi ?
— Ce n’est pas au niveau de ce que je cherchais.
— Au niveau de quoi ? De tes compétences ou de l’image que tu voulais donner ?
La question le vexa.
Yacine avait imaginé annoncer son recrutement dans une grande entreprise. Il se voyait montrer le badge, le bâtiment, peut-être la voiture de fonction. Le petit bureau de Rahmani ne produirait aucun de ces récits.
Le soir, il trouva sa mère penchée sur une facture. Elle tenta de cacher le papier.
— Combien manque-t-il ? demanda-t-il.
— Ce n’est pas à toi de tout porter.
— Combien ?
Le montant était inférieur à ce qu’il craignait et supérieur à ce qu’il possédait.
Il consulta deux personnes expérimentées, relut les conditions du poste et accomplit une prière de demande de guidance. Il ne chercha pas un rêve, un chiffre aperçu au hasard ou une sensation qu’il pourrait transformer en ordre divin. Il examina les faits, demanda conseil et accepta que son regard soit limité.
Le lendemain, il rappela Hanane.
— Le poste est-il toujours disponible ?
— Oui. Monsieur Rahmani voulait justement vous proposer une seconde rencontre.
Lors de cette rencontre, Rahmani posa une question inattendue :
— Pourquoi voulez-vous travailler ici ?
Yacine aurait pu réciter une réponse préparée. Il choisit l’honnêteté.
— Au début, je ne le voulais pas. Je pensais que cette entreprise était trop petite. Maintenant, je vois que le poste correspond à mes responsabilités. Mais je veux aussi savoir si je peux y progresser.
Rahmani sourit.
— C’est une réponse risquée.
— Je sais.
— C’est aussi la première réponse sincère de la journée.
Il lui proposa une période d’essai.
Yacine demanda vingt-quatre heures avant de répondre. En rentrant, il reçut un appel de la grande entreprise. Le recrutement pouvait finalement reprendre, mais le poste exigeait désormais trois déplacements par semaine.
Deux portes étaient ouvertes.
Pour la première fois, Yacine comprit que la plus grande n’était pas forcément la plus adaptée.
Il passa la soirée à comparer les deux propositions. Il attribua une note au salaire, aux horaires, aux déplacements, à l’apprentissage et à la stabilité. La grande entreprise gagnait sur le revenu et le nom. La petite gagnait sur presque tout ce qui touchait sa vie quotidienne.
Mourad regarda le tableau sans se moquer.
— Tu as enfin cessé de demander quelle porte impressionnera les gens. Tu demandes laquelle tu peux franchir sans abandonner ce qui compte.
Yacine ne répondit pas. Il savait qu’un tableau ne supprimait pas le risque. Mais il empêchait au moins son orgueil de se déguiser en évidence.
Le prochain épisode sera publié demain à 20h00 dans Layal.
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