Les épreuves et la patience - Ep 5 - L’épreuve qui t’a rendu plus proche d’Allah

Rédigé le 23/07/2026
Layal


Six mois après le premier message, Mariam passa devant l’immeuble de son ancienne entreprise.


Elle n’avait aucune raison d’y être. Elle revenait d’un rendez-vous et avait pris un chemin différent. Les fenêtres reflétaient le ciel gris. Derrière certaines vitres, des employés travaillaient encore, penchés sur leurs écrans.


Elle s’arrêta quelques secondes.


Elle se souvenait de la femme qu’elle était en sortant de cet immeuble : pressée, ambitieuse, souvent épuisée, persuadée que sa stabilité dépendait de sa capacité à tout contrôler.


Elle ne méprisait pas cette femme.


Elle la comprenait.


Mariam avait voulu réussir. Elle avait voulu être utile. Elle avait voulu assurer l’avenir de sa famille. Rien de cela n’était honteux. Mais elle avait parfois laissé son travail occuper une place que son cœur ne pouvait pas lui donner sans se fatiguer.


Après la perte de son emploi, elle avait découvert des choses qu’elle ne cherchait pas : le prix de la peur, la difficulté de demander de l’aide, le danger de vivre sous le regard des autres et la fragilité d’un avenir que l’on croit acquis.


Elle avait aussi découvert la prière autrement.


Avant, elle priait souvent entre deux obligations. Pendant cette période, elle avait appris à venir devant Allah avec ses phrases incomplètes, ses larmes, ses contradictions et son incapacité à comprendre. Elle n’avait pas trouvé une vie sans problèmes. Elle avait trouvé un endroit où ne plus mentir sur sa fatigue.


Elle savait qu’Allah n’avait besoin ni de sa souffrance ni de ses mots. C’était elle qui avait besoin de se tourner vers Lui, avec humilité et confiance, tout en continuant à prendre les moyens permis.


Mariam ne disait pas : « Cette épreuve était forcément bonne pour moi. »


Elle disait : « J’espère qu’Allah m’a aidée à en sortir avec plus de droiture que je n’en avais en y entrant. »


Cette nuance comptait.


Elle ne prétendait pas connaître l’invisible. Elle ne romantisait pas les factures, l’angoisse ou les nuits sans sommeil. Elle ne demandait à personne de remercier pour chaque douleur avant d’avoir eu le temps de la traverser.


Elle savait seulement qu’une épreuve peut blesser profondément, et qu’une personne peut malgré tout chercher à y répondre avec foi, patience, justice et espoir.


Son nouveau travail lui plaisait. Elle gagnait correctement sa vie. Elle aidait encore sa mère, mais acceptait désormais que sa mère l’aide aussi. Elle avait gardé deux anciennes collègues et n’éprouvait plus le besoin de convaincre celles qui avaient parlé contre elle.


Un matin, une amie lui téléphona. Elle venait de perdre son emploi.


Mariam l’écouta sans l’interrompre.


Elle ne lui dit pas que tout avait une raison évidente. Elle ne lui promit pas que la semaine suivante apporterait un miracle. Elle lui demanda ce dont elle avait besoin : parler, chercher des offres, refaire son CV ou simplement ne pas rester seule ce soir-là.


Avant de raccrocher, son amie murmura :


— Comment as-tu tenu ?


Mariam regarda le carnet posé près d’elle. Les pages étaient froissées. Certaines listes n’avaient pas abouti. D’autres avaient changé sa vie plus qu’elle ne l’aurait cru.


— Je n’ai pas toujours tenu, répondit-elle. Mais chaque fois que je tombais, j’ai essayé de me relever sans me détourner d’Allah et sans abandonner les moyens qu’Il m’a permis de prendre.


Elle ne savait pas si sa réponse était parfaite.


Elle savait qu’elle était vraie.


Le soir, Mariam écrivit la dernière phrase de son carnet :


Puis elle referma le carnet.


Dehors, la ville avançait dans ses bruits ordinaires. Des gens couraient, d’autres rentraient chez eux, certains portaient des nouvelles que personne ne connaissait encore.


Mariam fit sa prière.


Demain, elle aurait encore des responsabilités, des incertitudes et des choses à réparer. Mais elle ne les porterait plus comme si elle était seule au monde.


Elle avancerait avec les moyens disponibles, demanderait l’aide nécessaire, protégerait ses droits et placerait son espoir en Allah.


Pas parce que la vie lui avait promis de ne plus la faire souffrir.


Parce qu’elle avait appris, dans la souffrance, à ne pas laisser son cœur se perdre.


**À suivre dans la thématique 2 : _Les blessures du cœur et la guérison_.**


Mariam y rencontrera une ancienne amie dont le retour réveillera une blessure qu’elle croyait refermée. Cette fois, l’épreuve ne viendra pas d’un emploi perdu, mais d’une confiance brisée.


La prochaine thématique arrivera bientôt dans Layal.

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