Épisode 3 — Une réponse qui ne ressemblait pas à une réponse
Yacine choisit la petite entreprise.
Le premier mois fut difficile. Il découvrit des dossiers en retard, un logiciel ancien et des clients qui appelaient seulement lorsque quelque chose allait mal. À dix-sept heures, il avait l’impression d’avoir passé la journée à éteindre des incendies invisibles.
Hanane travaillait dans le bureau voisin. Leurs échanges restaient professionnels et les portes ouvertes. Elle connaissait chaque procédure et corrigeait les erreurs sans humilier personne.
Un mardi, Rahmani déposa un dossier épais sur le bureau de Yacine.
— Nous avons perdu le suivi de plusieurs interventions. Voyez ce que vous pouvez faire.
Yacine passa trois jours à reconstruire les dates. Il rentrait fatigué, doutant de son choix. La grande entreprise lui envoyait encore des messages automatiques. Son ancien rêve restait à portée de clic.
Le jeudi, sa mère fit un malaise léger. Grâce à ses horaires, Yacine l’accompagna à la clinique sans supplier un supérieur qu’il connaissait à peine. Rahmani réorganisa la journée.
— Occupez-vous d’elle. Nous reprendrons demain.
Dans la salle d’attente, Yacine regarda les néons se refléter sur le sol. Ce simple arrangement ne rendait pas l’entreprise parfaite. Mais il révélait une valeur qu’aucune brochure de recrutement ne mentionnait.
Le lendemain, Hanane lui montra une fonction du logiciel qui permettait d’exporter les données.
— Vous faisiez tout à la main ?
— Depuis trois jours.
— Vous auriez pu demander.
— Je voulais prouver que je pouvais me débrouiller.
— Demander n’efface pas votre compétence. Cela évite seulement de gaspiller trois jours.
Avec cette aide, Yacine transforma le dossier en tableau clair. Rahmani le présenta à l’équipe en citant son nom. Cette reconnaissance simple le surprit plus qu’un compliment spectaculaire.
Au fil des semaines, il proposa une méthode de suivi. Les retards diminuèrent. On lui confia la relation avec deux clients importants.
Un soir, Mourad lui demanda :
— Alors, tu as reçu la réponse que tu attendais ?
— Pas vraiment.
— Que veux-tu dire ?
— Je croyais que la réponse serait un poste précis. Peut-être que ce que j’ai reçu, c’est la possibilité de devenir utile autrement.
Mourad leva un doigt.
— Dis seulement ce que tu constates. Ne prétends pas connaître tout le sens de ce qui t’arrive.
Yacine acquiesça. Il ne voulait pas fabriquer une morale trop vite. Sa situation pouvait encore changer.
Elle changea la semaine suivante.
Rahmani annonça que l’entreprise perdait son principal contrat. Les salaires du mois suivant étaient garantis. Après cela, personne ne pouvait promettre quoi que ce soit.
La petite porte que Yacine avait fini par aimer venait à son tour de trembler.
En rentrant, il ne dit rien à sa mère. Il recommença à compter seul, comme s’il pouvait la protéger par le silence. Au dîner, elle remarqua qu’il avait salé deux fois le même plat.
— Qu’est-ce qui s’est passé ?
Lorsqu’il lui expliqua, elle ne paniqua pas. Elle sortit le cahier des dépenses et proposa de reporter un achat.
— Tu m’as laissé croire que j’étais la seule personne fragile dans cette maison, dit-elle. Toi aussi, tu as le droit d’annoncer une mauvaise nouvelle avant d’avoir trouvé la solution.
Yacine baissa la tête. Le poste lui avait appris à demander de l’aide au travail. Il lui restait à l’apprendre chez lui.
Le prochain épisode sera publié demain à 20h00 dans Layal.
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