Épisode 2 — La fatigue de toujours devoir être fort
Salma glissa la convocation sous les factures.
Depuis plusieurs semaines, elle se réveillait avec une douleur derrière les yeux. Au travail, elle doublait les vérifications pour éviter les erreurs. À la maison, elle répondait « ça va » avant même d’entendre la question.
Un mardi, dans l’escalier de l’immeuble, ses jambes cessèrent de la porter correctement. Elle s’assit sur une marche.
Sa tante Rachida la trouva ainsi, le sac de courses encore à la main.
— Tu es tombée ?
— Je me repose.
— Sur un escalier froid, dans le noir ?
Rachida prit le sac et s’assit près d’elle.
— Aujourd’hui, tu n’as pas besoin de porter toute la maison.
Salma commença à pleurer. Elle pleurait de fatigue et de colère contre elle-même. Elle avait cru qu’être forte signifiait ne jamais devenir une charge.
Le médecin l’arrêta quelques jours et prescrivit des examens. Rien ne justifiait de paniquer, mais l’épuisement était réel.
— Le repos n’est pas facultatif, dit-il. Votre corps ne négocie plus.
À la maison, Hamza prit en charge les courses et les appels. Il brûla la première casserole de lentilles. Salma voulut se lever.
— Reste assise, dit-il. Nous survivrons à mes lentilles.
Le rire qui lui échappa lui fit presque mal.
Elle dormit douze heures. À son réveil, la maison n’était ni parfaitement rangée ni effondrée. Cette découverte la bouleversa : sa présence était précieuse, mais elle n’était pas le seul pilier autorisé à exister.
Rachida lui rappela que prendre soin de sa santé, consulter et accepter un relais ne contredisaient pas la confiance en Allah. Le corps avait des droits. La patience ne consistait pas à attendre l’écroulement.
Quand Salma reprit le travail, elle refusa une garde supplémentaire. Sa collègue parut surprise.
— Toi, tu refuses ?
— Oui. Cette fois, je refuse.
Le mot lui donna le vertige. Il libéra aussi une place dans sa semaine.
Elle comptait l’utiliser pour suivre une formation qui pourrait lui permettre d’obtenir un poste mieux rémunéré. Mais lorsqu’elle annonça son projet à sa famille, Hamza referma brusquement le cahier des comptes.
— On n’a pas besoin d’un nouveau projet, dit-il. On a besoin de ton salaire maintenant.
La phrase resta entre eux jusqu’au soir. Salma savait que Hamza parlait depuis sa honte de ne pas travailler. Le comprendre ne rendait pas sa remarque juste.
Rachida l’aida à préparer une réponse qui ne transforme pas la discussion en règlement de comptes. Elles calculèrent le coût réel de la formation, les aides possibles et l’augmentation moyenne après qualification.
— Tu ne vas pas lui demander la permission, dit Rachida. Tu vas lui montrer que ton choix considère aussi la famille.
Salma réalisa qu’elle avait souvent présenté ses décisions au dernier moment, après avoir tout supporté seule. En excluant les autres par peur de leur réaction, elle nourrissait parfois l’incompréhension qu’elle redoutait.
Le prochain épisode sera publié demain à 20h00 dans Layal.
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