Épisode 4 — L’anxiété face à l’avenir
À 3 h 24, Salma avait déjà vécu quatre catastrophes.
Dans la première, elle échouait à l’examen. Dans la deuxième, sa mère tombait malade pendant qu’elle était en cours. Dans la troisième, Hamza quittait la maison. Dans la quatrième, une erreur au travail lui faisait perdre son poste.
Rien de tout cela ne s’était produit. Son corps, lui, réagissait comme si tout était déjà arrivé.
Le lendemain, Rachida la trouva silencieuse devant une tasse intacte.
— Depuis combien de temps tu dors mal ?
— Quelques jours.
— Combien ?
— Presque un mois.
Salma consulta. La professionnelle qu’elle rencontra ne lui demanda pas de supprimer toute inquiétude. Elle lui apprit à distinguer le fait, la possibilité et la catastrophe imaginée.
— Quand la peur arrive, écrivez ce qui est vrai maintenant.
Le soir, Salma nota : Ma mère dort. Mon travail existe. Mon examen est dans trois semaines. Hamza a préparé le dîner.
Puis : Action de demain : réviser le chapitre quatre et confirmer le rendez-vous médical.
Elle conserva ses prières et ses invocations. Elle refusa cependant d’utiliser la spiritualité pour nier un trouble qui nécessitait des soins et des outils. Placer sa confiance en Allah n’interdisait ni le conseil ni l’accompagnement compétent.
Les nuits ne devinrent pas parfaites. Certaines restaient difficiles. Mais Salma apprit à ne plus résoudre toute sa vie à trois heures du matin.
Le jour de l’examen, elle trouva sa voisine, madame Aïcha, assise devant l’ascenseur avec un sac trop lourd. Le bus passait dans huit minutes.
Salma hésita.
— Laissez-moi vous aider.
Elle monta le sac, vérifia que la voisine était installée et courut vers l’arrêt. Le bus venait de partir.
La peur explosa : Tu vas être en retard. Tu vas échouer. Tout cela parce que tu ne sais pas dire non.
Elle appela le centre, expliqua la situation sans dramatiser et prit le bus suivant. Elle arriva quatre minutes avant la fermeture des portes.
L’examen commença.
Au milieu de la deuxième partie, son esprit se vida complètement.
Elle relut la consigne sans comprendre. Puis elle appliqua l’exercice appris : nommer cinq choses visibles, sentir ses pieds au sol, respirer sans chercher à chasser immédiatement la peur. Les mots reprirent peu à peu leur sens.
Elle répondit d’abord à ce qu’elle savait. Lorsqu’une candidate se leva en pleurant, Salma sentit sa propre panique remonter. Elle ne la suivit pas du regard. La souffrance de quelqu’un d’autre n’annonçait pas son propre échec.
À la fin, elle remit sa copie sans certitude. Ce geste fut presque plus difficile que l’examen : accepter qu’après avoir travaillé sérieusement, le résultat ne lui appartenait plus.
Le prochain épisode sera publié demain à 20h00 dans Layal.
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